DÉMARCHE

Je m’intéresse à l’individu, au portrait, ceci en réaction à une trop  grande standardisation du monde à l’image de celle évoquée par Orwell dans 1984.

Le sujet est un prétexte pour dire ce que je ressens. Le portrait me renvoie à l’autre avec toute sa complexité : désir, intimité, mémoire, émotions, absurdité de l’existence. Mon concept se donne dans l’idée de réminiscence, de rencontres, de mimésis. Nous nous donnons vie mutuellement. A ce concept s’ajoute une temporalité, et ce, en valeur avec le lieu de la terre, de la nature et, donc de l’interchangeabilité de tous les visages du monde. Il y a un face à face avec l’autre : le portrait peint, le sujet devient réel. Je peins qui le souhaite, il n’y a aucun critère, juste un appel en ligne, sur ma page Facebook, où je montre mon travail en direct.

J’implique aussi des parties de mon corps dans certaines de mes œuvres. Ceci est visible pour le spectateur. Il s’agit de fragment (sans visage) pour que le spectateur puisse s’identifier.

J’accompagne cela dans des cadrages cinématographiques pour entraîner le spectateur dans un vertige ou une autre spatialité l’impliquant dans des espaces multidimensionnels comme Wim Wenders (Les ailes du désir) ou Jim Jarmusch (Night on Earth) ou son documentaire sur Pina (3D). Mes médias sont la peinture acrylique, les collages, la photographie. La peinture donne une matérialité, une matière élastique modelée comme une chirurgie esthétique; le collage une mémoire. La photographie est un auxiliaire qui m’empêche de styliser, comme Gerhard Richter.

Après la mimesis, on rentre dans le domaine de l’haptique qui donne à ressentir les phénomènes kinesthésiques. Faire sentir la chair à l’autre, le désir de toucher, de manger, de mettre en activité nos sens : le plaisir, la joie. La nature transparaît alors, nous évoquant le jardin de l’abondance, un Eden ou un paradis perdu. C’est ici que l’onirique prend place vers une poésie de la relation; ce possible de l’imaginaire comme dans les Rêveries du Promeneur solitaire de Rousseau.

Je travaille aussi la mémoire dans cette universalité de rapports en parallèle avec le monde de l’enfance qui pose en elle toutes ces questions existentielles : l’orientation sexuelle, le placement identitaire relatif à nos origines, la remise en cause de l’autorité en relation à nos schémas familiaux qui ont évolué.

Le monde de l’enfance ainsi conçu stigmatise notre innocence, notre paradigme retrouvé, de manière métaphorique, onirique, et dépasse ce faisant le cadre anatomique, il devient asexué : un monde de joie comme le concept de Deleuze (son abécédaire) un monde d’échange et d’osmose avec l’autre.

Peindre l’identité, déclencheuse de mémoire, donner un langage d’universalité à l’individu pour repositionner notre propre réalité. Mes œuvres sont toujours élaborées dans une mise en scène comme par ex une œuvre de Gary Hill : celle d’une télévision, on ne voit rien on scrute l’écran, et puis, on apparaît sur le moniteur, l’œuvre c’est nous.

Je suis dans une nécessité absolue à continuer d’enrichir cet appareil à mémoire de paradigmes, de fables, de peintures, de vidéos, de photographies, d’écrits, de sons, de créer des atmosphères visuelles et sonores rendant l’individu acteur et spectateur de cet espace identitaire.

    

 

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